vendredi 28 mars 2008

Le cri de l'hippocampe


Les forces comoriennes et africaines débarquent à Anjouan, et le général Bacar s'enfuit à Mayotte. Arrété par la gendarmerie nationale, il est déplacé à la Réunion pour y être jugé.
Ca, tout le monde a pu le lire dans la presse nationale.

Mais que s'est-il passé ensuite à Mayotte ?

Il semble que des émeutes ont éclaté, que des centaines d'anjouanais vivant dans l'île se sont rassemblés, que tout cela a dégénéré, avec voitures brûlés et affrontements avec la police.

Où peut-on lire des nouvelles de Mayotte ? Sur le site du Jir qui titre "Chasse aux blancs à Mayotte". Rien que ça.
On y apprend que les émeutiers s'en sont pris prioritairement aux "mzungus" (les blancs), qu'il y a eu des tabassages en règle, des enlèvements, une main coupée, des lapidations, sans doute des morts... On y dit aussi que les mahorais se regroupent à leur tour pour attaquer les anjouanais.
Les réactions à l'article, dans un premier temps, sont hallucinantes : indignation, propos racistes, dramatisation à outrance.

Comme je me méfie naturellement du Jir (dont le rédac chef est un ancien de Minute), je vais vite consulter les sites de Libé et du Monde. Et rien, pas un mot : se pourrait-il que Mayotte connaisse de violentes manifestations meurtrières à caractère éthnique sans qu'un seul grand quotidien national n'en pipe mot ? Se pourrait-il que la vraie-fausse nomination de Bénamou à la villa Médicis soit plus importante qu'une explosion de violence communautaire dans une île française ? Ou alors, est-ce le Jir qui pète les plombs ?

Les deux, mon capitaine : Libé finit par en parler, et les commentaires sur les forums de discussion éclairent un peu mieux la situation. Oui, il y a eu des émeutes violentes, oui, elles ont tourné parfois à des agressions racistes, mais il n'y a eu ni morts, ni main coupée, et le calme ("relatif" selon l'expression consacrée) est revenu.

J'en tire plusieurs conclusions : d'abord que Mayotte est dans une situation explosive et qu'on peut redouter le pire pour cette île si aucune solution n'est trouvée, ensuite que le Jir a une fâcheuse tendance à raconter un peu n'importe quoi, à laisser parler tout un tas de fantasmes assez nauséabonds, enfin qu'en France métropolitaine, on en a rien à branler de l'outre-mer, dont les habitants ne resteront dans l'imaginaire collectif, que des citoyens de deuxième catégorie.


9 commentaires:

honte à ce blog a dit…

J'ai entendu dire qu'il y allait avoir l'élection de miss estropiée en Angola.
Et vous n'en parlez pas!!!! honte à vous.

Anonyme a dit…

http://www.vivrefemme.net/Angola-organise-Miss-rescapee-des-mines-_a1553.html

ubu a dit…

c'est triste

merlin Bronques a dit…

yes, you are fucking ringard...

Li-An a dit…

Tout à fait d'accord avec ton billet. J'ai cru rêver lorsque sur France Inter, on annonçait des violences avec deux morts (visiblement faux), des gens calfeutrés chez eux, des aggressions racistes dans un territoire français et tout ça en 30 secondes chrono (pour tout dire, ça me paraissait tellement surréaliste que je n'ai rien compris à l'info sur le moment). Le traitement de l'info des Dom Tom est toujours aussi "angoissé" sur les chaînes nationales. De peur de prendre les gens pour des sauvages, ils préfèrent les prendre...pour des arriérés.

Jean-no a dit…

Plus que de l'outre-mer en général, je pense que ce sont des TOM (ou maintenant COM apparemment ?) que personne n'a rien à faire.
Combien de gens ont entendu parler de Mayotte en métropole ? Un film populaire "lutte contre les préjugés" (dit-on, car je ne l'ai point vu) en informant les parisiens de l'existence de la région Nord-pas-de-Calais... Alors pour les miettes de l'empire que sont les territoires d'outre-mer, imagine le chemin à parcourir. Cependant on a désormais France Ô sur la TNT. Ce n'est pas tout à fait rien. En tout cas cet espèce d'abandon ne peut qu'exaspérer les habitants de TOM.

Hobopok a dit…

L'article de Clicanoo (le JIR ?) commence par une belle faute : Bakar au lieu de Bacar, connaissant (pas pour le meilleur) le JIR, je ne lirai pas plus loin.

Tous ces événements sont d'autant plus intéressants qu'ils arrivent au moment même où il est question de départementaliser Mayotte. Outre la question purement comorienne, qui découle du péché originel de Giscard qui a magouillé les résultats du référendum d'uatodétermination en 1974, c'est la question de l'immigration clandestine, qui a gangrené les équilibres sociaux sur l'île, comme en Guadeloupe avec les Haïtiens, ou surtout en Guyane avec les orpailleurs surinamais et brésiliens.

Autrement dit, l'Etat français fait l'étalage dans cette affiare de son impéritie, du décalage flagrant entre ses intentions post-coloniales, son discours positiviste sur la communauté nationale, et la réalité de l'abandon auquel son laissés tous ces territoires périphériques.

Et c'est valable à parts égales pour les gouvernements de droite comme de gauche. La courtesse de vue est équitablement partagée. Heureusement la Corse est épargnée...

le nouvel obs a dit…

Je ne comprends plus rien à la droite.

François G. a dit…

Ah, la, la, toujours en train de critiquer la presse, Appollo. Mais Mayotte était bel et bien A FEU ET A SANG ! Bon, blague à part, il suffit de voir comment les médias nationaux ont parlé du chikungunya. Sur Itélé, il y a même eu un reportage sur la pénurie de cercueils à la Réunion. Tiens, je rends ma carte de presse...