lundi 10 mars 2008

Ex Africa semper aliquid novi


Je ne me souviens plus tellement de "Out of Africa", le film tiré de "La Ferme africaine" de Blixen, mais il me semble bien que Sydney Pollack avait largement transformé le récit des souvenirs de la baronne en romance échevelée et exotique. Car enfin, à la lecture de la "Ferme africaine", nulle histoire d'amour n'apparait sinon éventuellement en pointillés, et décelable uniquement pour le lecteur au fait de la biographie de l'auteur. (D'ailleurs, je ne me souviens pas non plus : Pollack évoquait-il la syphillis de l'héroïne ?)

En tout cas, le "roman" en question n'en est pas vraiment un : il s'agit plus exactement d'une sorte de prose poétique autobiographique dans laquelle Blixen évoque avec émotion et sensibilité les quelques 16 années qu'elle passa en Afrique, plus précisément au Kenya.

Il y aurait de quoi s'agacer dans l'écriture et le propos très aristocratiques de la baronne : on la découvre agissant comme une sorte de seigneur féodal, dominant par sa sagesse, sa bienveillance et son autorité de colon, un peuple d'indigènes globalement béat d'admiration et de reconnaissance pour la M'subu qu'elle est. On pourrait aussi n'en plus pouvoir de se fader les longues considérations sur l'"âme noire", les généralités fatigantes sur la nature profonde de l'indigène (harmonie avec la Nature, inaptitude à la rationalité et j'en passe).

Et pourtant : Karen Blixen est une vraie grand écrivain, élégante, raffinée, drôle et légère, avec une plume stylée, une capacité d'évocation poétique manifeste. Il faut ajouter qu'elle est fondamentalement amoureuse de ce coin de l'Afrique qu'elle a connu (même si les hauteurs de Nairobi ne sauraient constituer le résumé d'un continent entier), de ses habitants, de ses paysages et de ses animaux (quoique la baronne ayant la gachette facile, on ne peut parfois s'empêcher de songer à des hécatombes animales dignes de Tintin au Congo).

Lire Blixen, ce serait donc, in fine, être sensible à cette prose poétique, à cette aristocratie élégante et légère du propos, tout en se gardant bien de succomber à l'imagerie d'Epinal qui l'accompagne, et tout en sachant garder la distance (historique) nécessaire vis à vis des considérations générales sur les colonisés. Car si Blixen n'a pas l'acuité du regard d'un Leiris ou d'un Gide (même époque, autres afriques) sur la société dans laquelle elle vit, elle sait trouver des accents quasi-élégiaques pour ressusciter une Afrique des grands espaces inviolés qu'elle a sans doute effectivement connue et qui a disparu avec elle.

La ferme africaine de Blixen est, dès lors, bien une "Afrique fantôme", non pas dans le sens de Leiris, mais dans la projection des fantasmes européens qu'elle n'a pas manqué de susciter.


Il faut enfin ajouter que la traduction française a été revue, car il semble la précédente (celle que j'ai lue, malheureusement) prenait de sérieuses libertés avec le texte original.

8 commentaires:

robert redford a dit…

Non Stéphane, ce n'est pas moi qui laisse des messages sur ce blog.
Enfin, j'en laisse un de temps en temps pour faire un peu d'esprit, mais jamais à ton sujet.
Il ne faut pas croire Appollo.
Je sais que tu penses que c'est moi qui dit des choses pas drôles sur toi, Gwen me l'a dit.
Mais c'est pas moi, je me tue à le dire à Appollo qui ne me croit pas.
Par pure mauvaise foi.
Manu n'est pas innocent dans l'affaire.
Mais pas responsable de tout. Il est trop occupé avec les filles qu'il fait travailler.
Je pense que nous ne sommes pas seuls sur ce blog.
Il faut se faire à cette idée...
Il y a d'autres gens qui viennent dire des choses.

René a dit…

Et y'en a qui disent des choses et pis d'autres, d'autres.

super ss a dit…

Viens plus près Robert...

l'intéressé a dit…

Hey Bertrand !
Pourquoi ce message perso sur le blog très public d'Appollo, tu as oublié mon mail ou quoi ?
Je te le redonne :
robertmitchumtoutattaché@bal-des-faux-derches.net

Anonyme a dit…

Rooooo oh la la c'est bon, Robert, Assume, tu kiffes le Modem, ça va, tu kiffes le modem, hein, tu vas pas en faire toute une histoire. C'est évident que c'est toi... ça va, hein, bon...

joseph a dit…

Stéphane, je ne suis pas ton père tu es le fils de Marie et du st esprit....
C'est pour cela que tu kiffes le vin.
amen

Muriel robin a dit…

J'ai des photo de S.O.Y (il se reconnaîtra) qui lèche du vin sur un paver.

jean louis murat a dit…

je jette une orange, sur le plancher.
Je jette une orange, sur le modem.