mercredi 12 mars 2008

Aux détours des mondes


Quand j'étais au Nigéria, j'avais un dealer d'africaneries attitré qui s'appelait Jacques, ou Jacques le Camerounais (car il venait du Cameroun).
Cet homme extrémement affable et cultivé, venait régulièrement boire un verre à la maison, discuter de tout et de rien, avant que de déballer sa marchandise : des dizaines de pièces magnifiques de toutes origines. Avec lui, et pour des sommes qui m'apparaissent aujourd'hui presque dérisoires, j'ai fait l'acquisition d'un immense masque papillon Bwa, de statues en bronze d'Ife et de Benin, de masques du Gabon, et d'un masque-heaume d'Angola dont il m'avait raconté par le menu l'histoire : Jacques prétendait l'avoir échangé à des guerrilleros de l'Unita (on était en 95) qui l'avaient dérobé au Musée national de Luanda. Déguisé en pêcheur, il avait ensuite traversé le Zaïre, avant d'effectuer une remontée parsemées d'incidents dont j'ai oublié le détail, jusqu'à Lagos.
Peut-être encore plus que les pièces, ce sont les histoires de Jacques que j'achetais (il le savait et en rajoutait des tonnes).


Douze ans plus tard, je me retrouve en Angola sur le lieu même du vol rocambolesque de ce masque-heaume. Je ne suis pas encore allé voir le musée d'anthropologie de Luanda et vérifier si l'histoire contée a la moindre chance d'être authentique, mais j'ai un nouveau dealer d'africaneries, qui se fait appeler en toute simplicité "l'Artiste" (quoiqu'il n'a jamais rien créé de ses 10 doigts) qui est Congolais et qui a la particularité d'être bègue (ce qui rend nos échanges téléphoniques un peu difficiles). L'Artiste est un garçon plutôt sympathique, et j'ai dû dépenser chez lui l'équivalent de la dette extérieure du Togo en divers achats (voir les messages d'avant), tant il est vrai qu'il pratique des tarifs de bandit de grand chemin. L'Artiste connait son sujet, il sait faire la différence entre un masque punu et yaka, ce genre de choses. Mais il ne raconte pas de belles histoires comme Jacques le Camerounais. En revanche, il sait admirablement se mettre - et me mettre à l'occasion - dans des situations abracadabrantes. L'autre jour, il a failli se battre dans ma cour avec deux jeunes congolais à qui il avait promis une forte somme d'argent (qu'il n'avait évidemment pas) et qui de rage l'avaient traité "d'aventurier"- car il semble qu'au Congo, "aventurier" soit une sorte d'insulte gratinée.
Pourquoi je raconte tout ça ?
Pour deux raisons : la première, c'est que je consulte très régulièrement un très beau site, visiblement très documenté, sur les "arts premiers" qui s'appelle "Détours des mondes" et que je viens de mettre dans mes liens. On y voit de très belles photos et les textes érudits mais brefs et jamais chiants sont très agréables à lire. Cette semaine, par exemple, on y parle de mystérieuses statuettes-alphabet aborigènes dont l'origine est assez mystérieuse et surprenante.
L'autre raison, c'est qu'en Afrique du Sud, j'étais tombé sur un "colon" - vous savez ces statuettes ivoiriennes ou congolaises qui représentaient les colons - muni d'une caméra. La statuette était extrémement bien faite, très jolie, ce qui est rare pour les colons qui sont souvent fabriquées à la chaîne sans soin particulier. Emu par l'objet (et par son prix, mais je ne le signale qu'à l'intention de quelqu'un de particulier), je décidai de l'acheter afin de l'offrir à un mien ami parisien, amateur d'art africain, et accessoirement cinéaste (je taierai néanmoins son nom pour ne pas le mettre dans l'embarras). Je me réjouissais de la joie qu'il allait manifester devant cette onéreuse mais très amicale intention.

Hé bien, ce mien ami a finalement receptionné l'objet et, avec une vilaine moue de dégoût, m'a déclaré : "Si c'est pour m'offrir ce genre de merdes, abstiens-toi, ils vendent les mêmes dans la boutique de saloperies pour bobos en face de chez moi".

7 commentaires:

l'ami ci...te a dit…

Pauvre nouille, tu es susceptibles comme tout!
Tu sais bien que ma pudeur naturelle m'oblige à te railler.
Il est très beau ton colon (pas ton gros intestin, celui que tu m'as offert).
Je l'ai mis dans ma cuisine et il m'observe pendant que je mange ( prêt à me filmer).
La caméra vidéo dernier cri est très bien faite.
La blague sur la boutique pleine de statuettes, était une référence à une case de "l'oreille cassée" ( tintin voit plein de fétiches dans la vitrine d'une boutique).
ça m'étonne qu'un tintinophile comme toi n'ait pas relevé l'allusion.
En tout cas je te remercie publiquement pour ce beau cadeau coûteux.
(Car désormais, tu communiques avec tes amis au travers de ton blog).




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open bar a dit…

qui est le chanteur sur la dernière photo?

politique a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Economie a dit…

Politique, les commentaires ne sont pas autorisés sur ton blog, ce qui représente un intérêt très limité pour un blog digne de ce nom et reflète un manque de courage certain. En plus ton blog manque de sexe. En bref, tu es la petite bite des bloggers.

Jean Mari Lepen a dit…

Vous avez raison l'ami.

politique et poésie a dit…

"N'importe quoi gros cul..."

une citation d'Emmanuel B.

nous sommes tus des petitetes bites logger a dit…

nous somme tous des petites bites de blogger.
Il est interdit d'interdire.
Sous les pixels la plage.