mardi 10 mars 2009

Namibie, dernière (IV)


Lüderitz – Windhoek

Pour rentrer à Windhoek, on décide de prendre le chemin des écoliers, en suivant une large boucle qui remonte vers le nord en frôlant le désert, dans ce qu’on appelle le Pro-Namib.
A Aus, on croise les chevaux sauvages du Namib. Parmi les différentes versions qui s’affrontent au sujet de l’origine de ces canassons qui traînent à la lisière du désert, celle que je préfère c’est celle du « baron » von Wolf, un gus de la schutztruppe, qui, après avoir un peu exterminé les Hereros, s’est décidé à vivre comme un noble qu’il n’était pas, avec chevaux et tout le tintouin. Après son départ définitif de Namibie, ses biens furent éparpillés et ses chevaux s’enfuirent. Ceux qui traînent ici, autour de Aus, en seraient les descendants. Je leur aboie quelques ordres en allemand (LV1) mais soit j’ai de mauvais restes, soit ils ont oublié la langue de Goethe, et ils ne réagissent pas.

On fonce droit vers le nord, après Aus, délaissant le bitume pour une piste qui n’en finira pas avant 500 bornes, passant de la terre au sable, puis aux graviers. Et ça file droit, dans un espace immense, à l’horizon infini.
De la plaine, que seules quelques lointaines montagnes ont de la peine à border, dans laquelle les autruches galopent.

Du désert, à la toute limite du sable, avec une route droite, droite, un ciel immense, et évidemment personne, pas une bagnole pendant des heures et des heures.
Sur le côté, une armée d’oryx en rang de bataille, avec leurs cornes comme les lances d’un régiment de piquiers de la Renaissance.

La voiture file, un panache de poussière accrochée au train, et petit à petit, grimpe vers le plateau central.

Tiens, on passe le château de Duwisib, celui du baron von Wolf. Drôle de bâtisse, pas très belle, que le baron avait construit dans son délire de nouveau seigneur, mais dont il a finalement peu profité : au moment où la guerre de 14 éclate, il est en voyage pour l’Angleterre pour acheter des moutons, pas de chance. Le navire est détournée sur l’Argentine (ou le Brésil, ça dépend des versions) où il est d’abord interné dans un camp, puis il réussit à rejoindre l’Europe (déguisé en femme) pour aller batailler, ce qu’il fait avec plus ou moins de succès puisqu’il meurt lors de la bataille de la Somme (avait-il gardé ses escarpins ?). Ses biens en Namibie sont dispersés, ainsi que ses chevaux, comme je l’ai dit plus haut.

Ensuite, la route devient n’importe quoi, parce qu’il a plu les jours précédents, et après des kms de boue, on atteint Maltahöhe. C’est le premier village d’importance depuis Aus, 500 bornes plus au sud. Et il fait nuit.

Maltahöhe


A Maltahöhe, il y a une sorte de lodge tenu par une française, mais elle n’est pas là. Il y a aussi un hôtel, dans un vieux bâtiment colonial, tenu par Jürgen, un gros afrikaner d’origine allemande, qui t’écrase bien la main pour te montrer qu’à la campagne, on fait pas la fiotte. A part loger d’éventuels touristes égarés, Jürgen fait surtout bottlestore et bar pour les fermiers afrikaners du coin (j’y ai bien vu un noir au comptoir, mais ça n’avait pas l’air de faire très plaisir aux ploucs du coin). J’ai l’air de dire du mal de Jürgen, ce qui est un peu dégueulasse, vu qu’il a été sympa et que son hôtel était tout à fait correct et peu onéreux, mais c’est comme ça, quand j’entends parler allemand en Afrique, j’ai envie de génocider les Héréros.

La ville (enfin, le bourg) de Maltahöhe semble complétement perdu, à la lisière du grand vide, déclassé, isolé, une sorte de trou du cul de la Namibie, si cette dernière en possédait plusieurs.
Ensuite, on ne fait plus les malins, on rejoint la B1 qui file goudronnée jusqu’à Windhoek. C’est à peine si on s’arrête voir les pélicans du barrage de Hardap, et si on fait de l’essence à Rehoboth, la ville des Basters (les « bâtards » hollando-hottentots).

Et à Windhoek, on va quand même voir les lions dans les montagnes.

L’avion de la TAAG nous ramène à Luanda, non sans avoir de nouveau fait une escale à Lubango – dont je peux dire, sans forfanterie particulière, que je connais très bien l’aéroport « internacional ».

7 commentaires:

Goethe a dit…

Tu as de mauvais restes.

Armelle a dit…

Dernière virée et toujours pas de ratel ? tsssssssssssssssssssss...

An a dit…

Des photographies fantastiques, la maison abandonnées me rappellent à quelques villages de l'intérieur de la Galice dévorés par la végétation en restant sans avitantes. Salutations et embrassades

H.F a dit…

J'ai découvert que mon père durant les années 70 avait énormément photographié la savane.
Ses vues sont aujourd'hui un témoignage poignant.
Les buissons ont laissé place à un désert glabre.

tarzina a dit…

Salut c'est tarzina.
ahhhhhahahhhhhhahhahah

Globulo a dit…

Salut Armelle, si tu veux voir le ratel du 18eme, je connais une bonne adresse à Montmartre.

nietzsche a dit…

Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l'Européen d'aujourd'hui !