samedi 21 mars 2009

Confetto


Tiens, puisque j'en suis à causer à tort et à travers au bar du Grande Hôtel Luanda, j'en profite pour rebondir sur un article de Rue 89, obligeamment envoyé par Armelle depuis sa cité phocéenne. Il s'agit du prochain changement de statut de Mayotte qui devrait, selon toute vraisemblance, devenir Département d'Outre Mer.

Cette histoire de départementalisation de Mayotte, dont à peu près tout le monde, en dehors de l'outre-mer français, se fiche éperdumment, me laisse très perplexe, moi qui n'y ai jamais mis les pieds et qui n'y connais rien.

Or donc, dans quelques jours, on va transformer une petite île au statut bâtard (collectivité départementale, si je ne me trompe pas) en 101ème département, lui permettant ainsi de rejoindre, enfin, le droit commun, chose que réclament les Mahorais depuis à peu près 30 ans. Tout cela serait magnifique si l'histoire de l'île, son environnement, sa situation sociale ne posaient pas un certain nombre de questions.

Faut-il, par exemple, rappeler que Mayotte faisait partie de la colonie des Comores et que, par un tour de passe-passe pas très glorieux, elle en a été détachée au moment de l'accession à l'indépendance de l'archipel, afin de rester française ? L'UA, la ci-devant république islamique des Comores et même l'ONU ne l'ont pas oublié, eux qui réclament, depuis, la rétrocession de l'île au reste de l'archipel.

Evidemment, aucun Mahorais sain d'esprit n'a envie de rejoindre les Comores, et vivre dans la misère la plus crasse, sous la dictature de l'un ou l'autre roitelet qui prend le pouvoir régulièrement depuis Dénard. D'ailleurs, Anjouan et Mohéli sont tellement ravis des conditions de vie comoriennes qu'ils ont, dans un passé récent, réclamé à corps et à cris un rattachement à la France (une situation ubuesque qui a finalement fait long feu).

Mais la départementalisation de Mayotte pose aussi un certain nombre d'autres problèmes. Voilà une île dont la population ne parle majoritairement pas le français, dont les lois coutumières continuent d'exister en paralèlle au droit français, et dont la situation sociale et économique relève plus du tiers-monde que de l'Union européenne (même si, ok, c'est mieux qu'à la Grande Comore).

Qu'est-ce qu'il a foutu l'état français à Mayotte depuis 30 ans ? Un système scolaire complétement bidon, une formation professionelle inexistante, des infrastructures balbutiantes, un taux d'alphabétisme réduit, un état-civil à créer, une langue nationale que seule une minorité maîtrise, des lois coutumières aberrantes (polygamie, justice cadiale etc)...
Qu'est-ce que ça signifie être français pour un Mahorais ? Toucher les mêmes minimas sociaux, intégrer une conception de la société, de la laïcité, de la culture qui n'est visiblement pas celle de la tradition ?

Tout cela est absurde. On ne peut pas blâmer un peuple d'aspirer à des conditions de vie décentes (conditions qu'on lui a refusées jusqu'à présent parce qu'ils "n'étaient pas département"), mais on peut tout de même lui rappeler que la nationalité, la citoyenneté, correspond aussi à un sentiment d'adhésion à une identité et qu'en l'occurence, ça risque de changer radicalement une société mahoraise qui n'en a peut-être pas besoin*. On peut aussi blâmer un Etat particulièrement désinvolte et méprisant, comme à son habitude dès qu'il s'agit des confettis de l'Empire, qui n'a rien fait pour le développement de l'île et qui se dirige maintenant vers des emmerdes à n'en plus finir.


*Mayotte, d'après ce qu'on entend, a vécu de tels changements socio-culturels ces dernières années que l'ambiance générale y serait infecte (xénophobie, délinquence etc). Ainsi, il ne fait pas très bon être anjouanais sur l'île hippocampe ces derniers temps.

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