samedi 1 décembre 2007

O melhor escritor de Angola


Rencontre ce vendredi, au lycée français, avec Pepetela - écrivain dont j'ai déjà parlé sur ce blogue.
Pepetela est un homme simple, drôle, brillant et parfaitement sympathique. Pendant deux heures, il raconte son itinéraire et son métier d'écrivain, n'est pas avare d'anecdotes et manie avec une aisance stupéfiante la langue française (non sans avoir prétendu le contraire auparavant. Evidemment).

Je ne vais pas résumer en quelques lignes la vie incroyablement riche de ce romancier injustement peu traduit en français, mais quand même : il est né à Benguela en 1941, dans le sud du pays, d'un père portugais et d'une mère angolaise. Son "vrai" nom est Pestana dos Santos. Son enfance angolaise, il la passe dans les branches d'un grand eucalyptus avec un copain qui lui raconte des histoires, et à qui, en échange, il lit ses rédactions. Il part ensuite au Portugal poursuivre ses études, quand la guerre d'indépendance éclate. Il devrait être enrôlé dans l'armée portugaise pour combattre les insurgés angolais, ce que, évidemment, il refuse absolument. Il s'enfuit en exil, d'abord à Paris, où il fait plusieurs petits boulots (tourneur fraiseur, balayeur à Paris Match* etc), puis en Algérie, où il retrouve un certain nombre d'acteurs des indépendances africaines. Il écrit son premier roman, et fait la connaissance de Georges Arnaud** qui l'aide à le traduire en français (en vain, puisque ce roman reste inédit chez nous). Il rejoint enfin la guerilla angolaise, en l'occurence le MPLA. Dans le maquis, les copains se réunissent pour lui choisir un nom de guerre. Comme Pestana signifie "cil" en portugais et qu'en outre ils le trouvent très poilu, ils lui proposent de s'appeler Pepetela, ce qui signifie "poils" ou "cils" en langue ovimbundu.


Pepetela devient donc guerrilheiro pendant toute la guerre de libération. Il fait le coup de feu contre l'armée coloniale portugaise puis contre les troupes sud-africaines qui envahissent le sud du pays.
A l'indépendance, sous le premier gouvernement de Agostinho Neto, il est nommé vice-ministre de l'éducation.
Il se consacre ensuite à la littérature, connait avec ses romans un succès étonnant en Angola, mais aussi dans les pays lusophones et en Europe (seule la France tarde à le traduire, et encore très peu). Il enseigne l'architecture urbaine dans une fac, pour "rester en contact avec la jeunesse du pays", mais commence à s'en lasser ("les jeunes sont plus ignorants qu'il y a 10 ans").

Sa littérature est à la fois très marquée par son engagement politique et par l'attachement à l'Angola (il s'agissait pour lui, comme pour les autres auteurs angolais de cette génération, de constituer une littérature nationale), mais aussi d'une grande modernité, avec un style sobre, souvent très drôle, et toujours attaché à éviter les clichés.

Pepetela avoue aimer lire (évidemment), jouer aux jeux vidéos (mais peu de temps, il s'en lasse vite) et aller à la plage (mais de moins en moins à cause des embouteillages). Derrière ces demi-boutades destinées au public scolaire, on sent un auteur à la fois passionné et inquiet des tournures que prend un pays qu'il a tant aimé et tant défendu.

* A propos de son séjour parisien, Pepetela n'est pas avare d'anecdotes : il travaille à l'imprimerie qui édite Paris Match. Il ne manque pas de se présenter comme "travaillant à Match" auprès des français, avant de rajouter "comme balayeur". Ensuite, il monte en grade, et devient le préposé au chariot qui récupère les chutes de papier dans l'atelier, où ne travailent quasi exclusivement que des femmes. "Ce sont les plus beaux mois de ma vie et le meilleur travail que j'ai jamais eu : je passais avec mon chariot, et je m'arrétais à chaque poste : "Bonjour Joséphine, ça va ? Tu fais quoi ce week end ?" et ainsi de suite avec les dizaines de jeunes femmes qui travaillaient là."

** Georges Arnaud est l'auteur du roman "Le Salaire de la peur", qui a été adapté par Clouzot. Sa vie aussi est un roman étonnant. Voyez ce qu'en dit Wikipedia. Pepetela semblait très amusé par ce garçon, accusé d'un horrible triple meurtre, ancien bagnard, ancien soldat, compagnon de lutte du FLN, noceur et flambeur, exilé en Algérie. A propos du fameux crime, Pepetela dit que Arnaud a toujours nié. Ensemble, ils s'attachent à traduire en français le premier roman de Pepetela (Arnaud, ayant vécu en Amérique du Sud, se sent l'âme d'un traducteur). Mais l'interdiction de territoire français qui frappe l'auteur du "Salaire de la peur" l'empêche de présenter le manuscrit aux éditeurs. La version française est donc restée jusqu'à aujourd'hui dans les cartons de Pepetela - "mais j'ai perdu la dernière page, c'est dommage".

2 commentaires:

veronique a dit…

"Sorcerer", la version de Friedkin du "salaire de la peur" est formidable. Très Célinien.
À voir aussi le très homophobe ( c'est l'avis des critiques mais pas le mien) "Cruising".
du même Friedkin avec Pacino perdu dans le cuir et la vaseline.

Gwen de Bonneval a dit…

Hé là ! Comment tu t'la pètes!!