jeudi 18 octobre 2007

L'esprit des eaux


Pepetela est un romancier angolais qui a longtemps participé à la vie politique de son pays (il a été vice-ministre de l'Education). Militant indépendantiste à l'époque portugaise, il jette un regard un peu amer - et en même temps amusé - sur l'évolution de son pays depuis 10 ans.

Parmi ses rares oeuvres traduites en français, j'ai commencé à lire une sorte de parodie - en fait une satire plutôt - de James Bond qui s'intitule "Jaime Bunda" (Bunda signifiant "gros cul"). En gros, une sorte d'inspecteur de la police angolaise, glandeur pistonné doté d'un arrière-train significatif, mène l'enquête. J'ai finalement abandonné le roman après une cinquantaine de pages, non que ce soit raté mais la longueur du livre m'a un peu découragé (avec l'idée que 100 pages auraient largement suffit pour servir le propos).

Puis, je me suis lancé dans "L'esprit des eaux" - "O Desejo de Kianda" en v.o. - qui m'a pas mal plu : on est en 1994, à Luanda, et les immeubles de la place Kinaxixi s'écroulent mystérieusement, sans un bruit, comme en apesanteur, sans que l'on en comprenne la cause. Le personnage principal, une sorte de bureaucrate oisif, assiste à ses évènements, sans rien y comprendre vraiment et se coupe peu à peu de la réalité en s'immergeant dans Civilization (le jeu sur PC). Sa femme, une militante du parti au pouvoir (le MPLA) opère une reconversion spectaculaire dans l'économie de marché qui devient la nouvelle donne économique du pays.

La fable pourrait être à la limite de la métaphore politique et sociale un peu lourdingue, mais la simplicité et l'humour de l'écriture de Pepetela, ainsi que la galerie de personnages qu'il propose, en rendent la lecture très agréable.
Il faut ajouter que pour le nouvel habitant de Luanda que je suis, c'est aussi le moyen de comprendre les changements profonds qui affectent la ville depuis quelques années - comme la Chine, je suppose, l'Angola est passée d'une gestion communiste à l'ultra libéralisation économique, et la ville de Luanda porte en elle les traces de ces deux idéologies, en bien comme en mal.


Présenté comme ça, le roman (très court) peut paraître chiant, alors qu'en réalité, c'est vraiment une histoire légère et sympathique, très proche, de mon point de vue, des nouvelles parisiennes de Marcel Aymé.
Ah oui, la Kianda du titre original est la déesse de la mer, souvent représentée comme la sirène de Luanda. C'est évidemment son réveil qui est à l'origine de tout.


Un peu dans la même veine, mais en moins bien tout de même, j'ai lu "Le Porc épique", un bref récit de Manuel Rui, sur une famille luandaise qui décide d'acheter un cochon pour l'engraisser dans son appartement.
Je dois dire que la couverture de Bilal ne m'a pas vraiment aidé à apprécier cette gentille chronique urbaine.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

bonjour appollo
j'avais lu que vous habitiez l'ile de la réunion, ce n'est apparemment plus le cas... comment ça se fait?(c'est juste pour etre au courant de votre "actualité" ne vous inquiétez pas...)
nadja

Appollo a dit…

Bonjour Nadja,
Je travaille désormais au lycée français de Luanda. Je reviendrai à la Réunion après mon contrat ici.

Anonyme a dit…

heureuse de l'apprendre... j'espere que le changement n'a pas été trop dur pour vous et les votres...
je vous souhaite une bonne continuation...
nadja

enki bilal a dit…

C'est honteux de me traiter de cette façon, je vais le dire à Li-An.