mardi 4 novembre 2008

Equador


Equador, premier roman de Miguel Sousa Tavares, star du journalisme portugais, a été, lors de sa sortie en 2005, un véritable best-seller au Portugal (en France, il est publié au Seuil).
Mon voyage à São Tomé e Principe était une excellente occasion de le lire, puisqu'il s'agit d'un récit qui se passe dans ces deux îles, au début du siècle dernier.

En quelques mots, Tavares raconte le destin étonnant d'un dandy de Lisbonne qui se trouve propulsé à São Tomé comme gouverneur et dont la mission est de mettre fin au travail forcé dans les roças, afin que l'Angleterre ne boycotte pas le cacao produit par les deux îles.

Equador aurait pu être un chef d'oeuvre s'il ne tombait pas dans une série de clichés grossiers qui n'ne finissent pas : cliché du roman sentimental digne de Barbara Cartland (le beau et riche portugais, la belle anglaise) pimenté pour faire moderne d'un peu de sexe, cliché du roman exotique (tout y passe, colons arrogants, gouverneurs avisés, climat équatorial, nature qui dérègle les sens etc), mais malheureusement même pas capable d'évoquer correctement la nature du pays, cliché du roman colonial (nègres victimes mais stupides et sans existence, serviteurs dévoués, escapade dans les indes des marahadjas), et j'en passe. Les dialogues sont poussifs et l'écriture assez agaçante (l'auteur, qui vient sans doute de découvrir le mot dans le dictionnaire, use et abuse du mot "pygmalion" par exemple), et seule l'analyse de la situation politique des colonies est à peu près intéressante et bien rendue.

Alors, bouse infâme ? Non, pas vraiment non plus, parce que le sujet est passionant, et le cadre tout à fait original. Mais ce qui énerve le plus, c'est sans doute l'incapacité de l'auteur de penser la réalité são-tomienne, et notamment la réalité créole, celle des hommes des sanzaras. Merde, Tavares situe son action à São Tomé et ne donne jamais la parole aux noirs des plantations (tous relégués au second plan, dans un rôle de victimes abruties), ni aux créoles et aux métis, ni même aux blancs du cru. Pas un mot sur la culture étonnante faite de résistances inventives, pas un mot sur les danses Kongo, sur le Tchiloli, incapacité de parler de la réalité physique du pays.

Le paradoxe de "Equador", c'est que ce roman, qui prétend dénoncer le colonialisme portugais (l'un des pires), reste désespérement ethno-centré et ne fait que (re)proposer une lecture racialiste voire raciste du monde colonial.

Il n'y a bien que la fin qui soit potable : le héros se suicide après avoir découvert sa bien aimée se faire culbuter par un noir (oui, comme ça, vous n'avez pas besoin de le lire).

12 commentaires:

le goncour a dit…

En tout cas il n'aura pas le Goncour.

Femina a dit…

On ne lui donnera ni le Femina ni notre stérilet.

Renaudot a dit…

il n'aura pas la Renaudot peut-être le Renauface...

goncourt a dit…

il n'aura pas la Goncourt ni le gonlong..

medicis a dit…

il n'aura pas le medicis, ni le medisept....

interallié a dit…

pas d'interallié ni d'intercollabo

flore a dit…

pas de prix de flore ni de prix de faune...

amanda lear a dit…

equador j'adorre

vive le tatouage a dit…

le plaisir de tatouer... Un film patriotique!

S.Oiry production a dit…

Un petit film tourné, l'an dernier.

le concon a dit…

En tous cas il aura le prix concon.

coincoin a dit…

vous devriez mieux surveiller votre dessinateur (il court les filles).